Créations

Cette rubrique présente une sélection de mes créations.
Ma pratique artistique se compose principalement de dessins et d’installations. Elle débute à la fin du XXe siècle par la réalisation d’une arborescence plastique et poétique intitulée K—a…v…. Elle se poursuit aujourd’hui en ligne sous la forme d’une bibliographie créative intitulée anthonominalie, à la fois œuvre d’art et recherche académique. Mes créations n’ont fait l’objet que de peu d’expositions, d’une part parce que la gestation de mes œuvres s’inscrit dans un temps long, d’autre part parce que j’ai pris le parti, depuis une dizaine d’années, de publier en ligne essentiellement une bibliographie, soit une pratique communément étrangère aux Beaux-Arts.

En tant qu’artiste-auteur, une référence bibliographique est pour moi un matériau. Elle présente une plasticité. Je réalise des collages de références bibliographiques. Écrire une bibliographie et la présenter en art contemporain constituent pour moi une démarche source de questionnements au sein des arts plastiques. Aujourd’hui, en effet, une bibliographie est le plus souvent entendue comme une bibliographie académique : elle n’est que le support d’une recherche, elle inventorie des sources, elle ne se conçoit pas comme le résultat d’une pratique artistique. Or, en littérature et plus récemment en art contemporain, il existe des bibliographies créatives — il me faut inventer cette notion pour rendre compte de cette réalité.

Dès le XVIe siècle, la bibliographie a été un « petit genre » en littérature (CAPPELLEN 2013, 2019). Composée d’ouvrages réels et/ou imaginaires, elle permettait une satire des mœurs et une critique de la Cour, offrant la possibilité d’interroger les us et coutumes d’une classe dominante. En littérature francophone contemporaine, de nombreuses créations développent des bibliographies composées d’ouvrages réels et/ou imaginaires (PEREC 1985, 1991 ; VOLODINE 1998 ; DUFOUR 2007 ; GEOFFROY 2017 ; BLONDE 2020 ; SERRANO 2021 ; etc.). Georges Perec offre par exemple sept pages d’une bibliographie inventée dans sa « Mise en évidence expérimentale d’une organisation tomatotopique chez la soprano » en 1985 (PEREC 1985, 1991), et Antoine Volodine développe en 1998, dans « Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze », une bibliographie de plus de trois cents références imaginaires. Les arts contemporains présentent également des bibliographies et des ensembles de livres (CLOSKY 2008, 2011 ; COLLIN-THIÉBAUT 1980-1988 ; PLANCKE 1997, 2015, 2019 ; PRÉVIEUX 2006-2009 ; VIART 2014, 2017 ; etc.).

En art contemporain, depuis la présentation, au cours des années 1960, de créations composées d’énumérations peintes, imprimées, énoncées ou collées, la création de listes est au cœur de nombreuses démarches artistiques. Au cours de mes études aux Beaux-Arts, ma sensibilité m’a orienté vers ces listes, vers des pratiques de copistes et des créations artistiques performatives. La lecture à haute voix, en 1975, des cinq mille neuf cent quarante-cinq noms de plantes à fleurs de la nomenclature de Carl von Linné par Paul Armand Gette me parut, en imagination, délicieuse. La copie manuscrite de l’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert par Gérard Collin-Thiébaut me sembla évidente. Et la réécriture sur grand format du Petit Larousse illustré par Gilles Barbier, hautement récréative. J’étais en terrain connu : un artiste pouvait copier une œuvre, copier un document, créer des collections d’objets et des listes de mots.
En tant que plasticien, l’écriture d’une bibliographie créative est devenue pour moi un mode d’expression. Par le choix de son sujet, d’une mise en forme, de modalités de présentation, je peux exprimer un propos, énoncer mes doutes. L’écriture d’une liste peut être un lieu d’expérimentations. Je me suis aujourd’hui engagé dans la création d’une œuvre-inventaire : depuis 2015, j’établis une liste consacrée aux dictionnaires plurilingues imprimés, des incunables à 1600. Plus précisément, je conçois, dans le cadre d’une démarche artistique, un Inventaire analytique et chronologique des dictionnaires, des glossaires, des lexiques, des listes de mots classés alphabétiquement et des recueils de mots centrés sur un thème, rédigés en langue française ou pour partie en langue française, imprimés, des incunables à 1600. Cet inventaire s’intitule anthonominalie. Pour l’établir, je reprends les travaux de mes pairs en lexicographie et je souligne, dans l’inventaire que je crée à partir des bibliographies qu’ils ont constituées, les emprunts, les apports et les erreurs. En ce sens, en tant qu’artiste-auteur, je crée une liste qui n’est pas exactement la copie d’une liste existante : elle a ses règles d’écriture, son contenu propre et sa plasticité.

Pour rédiger anthonominalie, j’ai dû comprendre que je ne devais plus chercher à créer une bibliographie sur support papier, telles celles que je pouvais consulter en lexicographie, ou ces listes imposantes présentées en art contemporain. Je ne pouvais ni ne souhaitais plus créer une liste murale répondant aux attentes d’un art cherchant à s’imposer physiquement aux foules : une telle présentation aurait été tributaire d’une esthétique moralisatrice et aurait célébré mon labeur autant que mon sujet. Ma recherche devait prendre une autre forme, plus intime — une intimité que j’ai trouvée en ligne, dans l’espace isolé d’un écran, où des règles d’écriture propres ont pu être inventées pour rendre compte d’informations différentes sur un auteur, un titre ou une adresse, et où ont pu être créées des notices virtuelles à tiroirs présentant in extenso les références externes étudiées. L’écriture d’anthonominalie est en cours — anthonominalie est aujourd’hui reconnue comme une référence académique en métalexicographie (Cf. Projets et études évoquant anthonominalie).


  • 2014 - ... . Les Détails enchanteurs

    Les détails enchanteurs naissent d’un contact avec le papier, encre et crayon, dans l’instant fragile où je suis le dessin. Chaque trait déborde, prolifère, jusqu’à saturer le blanc d’une présence dense et minutieuse.
    Mon attention se déplace tout entière vers la pointe de l’outil, vers la texture du papier, vers le grain et la résistance du support. Mon soi s’efface. Il ne s’agit pas d’une perte, mais d’une condition — celle d’une convergence où, peu à peu, le détail cesse d’être (…)

  • 2026. Sans titre

    Sans titre, encre sur papier, 70x210cm (57x191cm, pour le dessin seul)
    La réalisation de ce dessin commence en 2012. Au cours de la décennie suivante, le dessin connaît plusieurs états. Cette publication est sa première présentation publique.

  • même pas, seulement s’appuyant dessus) ne

    Texte imprimé sur papier, 1998 35 feuilles juxtaposées et collées avec de la pâte adhésive sur un mur préparé 28,1 x 20,3 cm. chaque feuille 590 x 84,3 cm. l’ensemble
    Note À l’image d’une suite de vers en poésie, même pas, seulement s’appuyant dessus) ne est une suite de lignes de longueur variable parfois de plusieurs mètres. Ce texte est composé d’un ensemble de citations juxtaposées. Il évoque sa rédaction, ce qui le motive, la marche, bégaie.
    Les deux premières lignes du texte due », (…)

  • Gris

    Gris, vidéo de 30’ créée en 2012
    Extrait de 5’
    https://youtu.be/xYXQJ_GvIo4
    Note
    Filmé en plan fixe, Gris est une vidéo d’une durée de 30’ au cours de laquelle peu de choses adviennent. Elle permet de suivre l’artiste dans la création d’une partie d’un dessin à l’encre. Ce dessin inconnu du spectateur, masqué par des buvards et le corps de l’artiste, est le résultat d’une série de gestes très encadrés. Gris questionne le plaisir de l’artiste à accomplir ce dessin et l’éventuelle (…)

  • k- -a...v...

    Texte imprimé sur papier 152 feuilles de dimensions variables, juxtaposées, collées avec de la pâte adhésive sur un mur préparé, formant un ensemble de 164 x 360 cm Vue d’exposition et détails
    Note Suite à une recherche dans plusieurs dictionnaires et encyclopédies, livre en mains, de tous les mots commençant par « k » ayant comme quatrième lettre un « a » et à quelle que place que ce soit après ce « a » un « v », une arborescence présentant cette recherche et l’insertion des résultats de (…)

  • Les remorqueurs

    Poème-partition présenté et interprété par le quatuor d’improvisation musicale « Tranzoïd » au Théâtre des passerelles, Lille, 1999.
    Impression sur celluloïd, 21 x 453 cm, adhésifs.
    Note
    Les remorqueurs sont composés d’une suite de vers de Louis Aragon évoquant des souffles et des cris. Ces vers sont répétés suivant une contrainte formelle impactant des séries de lettres. Des lettres sont déplacées voire superposées.

  • Où et quand a-t-on écrit « estampe » ?

    12 éléments sur papier A3 format paysage, 2019.
    Le Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle de Frédéric Godefroy paru entre 1880 et 1895 présente de nombreuses citations empruntées à des manuscrits et à des transcriptions modernes de manuscrits. Toutes les citations mentionnées dans ce dictionnaire ne sont pas datées. Pour connaître la datation des citations évoquées et la zone géographique et linguistique desdites citations concernant (…)

  • 2007-2012. Paysages de la langue

    20 éléments de 100x300cm, format paysage. Impression de points noirs mats inférieurs à 4mm. Texte en relief blanc sur fond blanc. Support rigide en pvc blanc (Forex) de 3mm.
    En visuels, la distribution des points noirs sur les éléments n°1, 5 et 10 et 1 photographie d’un BaT
    Note
    Cette œuvre a été rédigée et a été créée entre 2007 et 2012. Elle présente sur soixante mètres linéaire, distribuée en colonnes, une liste chronologique non-exhaustive des ouvrages intitulés dictionnaire, (…)

  • Liste des vertiges en sciences humaines

    Dispositif sonore, œuvre sonore de 89’, 1 enceinte, texte de présentation sur 2 pages A4 et dessin à l’encre sur papier (50x65cm).
    Extrait :
    Le recours accru, récent, à la notion de vertige dans le titre d’études en sciences humaines rédigées en langue française est à l’origine de cette installation présentant une liste énoncée par une voix digitale. La liste des vertiges en sciences humaines répertorie chronologiquement à partir de 1958, soit à partir de la création des facultés de (…)

  • Vertige : Liste des dictionnaires consultés et matériaux lexicographiques

    11 éléments imprimés. 60x80cm chacun. Impression en 3 exemplaires.
    Cette œuvre se compose d’une suite de textes sur onze pages de grand format divisées en trois colonnes. Cette installation présente sans commentaire et sans illustration une suite chronologique de plusieurs définitions du terme vertige et de sa famille lexicographique (vertigine, vertigineux, vertigo...). Cette suite de définitions est le résultat d’une consultation de plus de deux cent cinquante dictionnaires rédigés en (…)